Logiques informelles dans le soin et clinique du quotidien : une pratique de détournement ?

Les deux praticiens chercheurs qui ont proposé de décrire et nommer les logiques et les pratiques informelles qui existent en dehors du travail prescrit m’ont fait penser à ce qui a été décrit dans l’expression « faire la perruque ».

Cela évoque un « bricolage personnel fait à l’atelier, au détriment de l’entreprise ». Et de fournir la citation suivante : « Faire de la perruque chez un joaillier, c’est ce qui paye parfois une semaine à Courchevel ».

« Faire en perruque » consiste alors à travailler pour son propre compte, en fraude, sur le temps de travail, avec les matériaux de l’entreprise.

Evidemment informalité dans le soin ne veut pas dire mise à profit pour soi de l’outil de travail mais l’aspect clandestin de l’informel mis en évidence par les deux praticiens chercheurs permet d’en faire le rapprochement.

Encore que le plaisir au travail se trouve produit par cet informel là où l’outil de travail devrait servir à ne faire que des actes officiellement comptabilisables.

Il y a donc un rapprochement possible. Quitte à étendre l’observation aux pratiques qui consistent à ce qu’un collègue nommait « nos défenses » c’est à dire ces choses qui réconfortent et qui ne sont pas vraiement autorisés comme manger les restes des repas en équipe.

Car « faire une perruque, c’est travailler pour soi » et ce SOI est l’outil de travail de l’infirmier.

Et pour reprendre l’observation de Denis Poulot, ancien contremaître devenu patron, au sujet de la réclamation des ouvriers menuisiers à être fournis en outils par leur patron. Et de citer un ouvrier : « Le patron croit qu’il ne paie pas les outils que nous avons, mais les trois quarts sont faits en perruque dans la boîte, ils lui reviennent plus chers que s’il les fournissait ».

On pourrait étendre ces remarques au travail infirmier…

Alors citons Etienne de Banville qui s’interroge : « la puissance de ce potentiel manifesté par la vitalité du phénomène de la perruque : pourquoi certaines directions ne pourraient-elles pas imaginer des formes attirantes pour faire s’exprimer ce potentiel ? ».

SOURCE : Le sens des mots : le travail en « perruque » (http://istravail.com/article195.html).

Alors si l’on constate que le soin en Psychiatrie est une pratique de détournement cela pose la question de la liberté du soignant dans l’exercice de son art du soin et de sa légitimité sociale, et du mandat qui lui est procuré.

On peut aussi développer en s’interrogeant sur la notion « d’entre deux », et que si la liberté du patient est prioritaire, le soin découle de cette manière qu’il y aurait à permettre l’émancipation du malade vis à vis de sa maladie, de ses troubles.

C’est permettre de retrouver son identité… et pour cela laisser du jeu relationnelle, et la possibilité d’explorer des façons d’être protéiformes, variées… jusqu’à trouver la bonne qui convienne pour soi.

Un soignant en Psychiatrie est celui qui va vers l’autre et qui peut aussi laisser l’autre venir.

Le Soin infirmier découle du care maternel, de l’attention porté à autrui dans la sphère familiale et ne bénéficie d’aucune visibilité car le travail de « care » disparaît aussi tot qu’il est réalisé.

Un bain, un lit bien propre… c’est éphémère.

La fonction soignante est donc de l’ordre pour beaucoup de l’invisible.

Mais il pourrait avoir une manière de décrire le soin du « petit rien » , du langage qui réconforte, de la mise en mot par des discussions à haute voix … non pas comme « bonne pratique » dans un paradigme utilitariste mais dans la question de la confrontation de deux cultures ‘celle du soignant, celle du patient), et de l’être vulnérable.

La question pourrait être donc qu’est ce qu’un infirmier permet dans son travail pour que le patient s’améliore et acquiert plus de liberté vis à vis de sa propre existence ?

Cela ouvre sur la question de qu’est ce que l’amélioration, le fameux « aller mieux » et comment la scène de la maladie est aussi celle de la scène sociale, sans coupure avec le monde dit ordinaire où être malade est aussi une identité avec ses trajectoires, qui peut évoluer dans le temps.

De là découlerait un propos qualitatif peut être moins fonctionnaliste mais où être infirmier en Psychiatrie serait aussi défendre l’art d’un « bricolage », d’un aménagement, l’intelligence des situations, dont l’apprentissage devrait découler d’exemplifications qui peuvent s’écrire, se théoriser.

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